Article d'opinion de notre CEO, Peter s'Jongers dans l'Echo

Fin mai, les travailleurs ont manifesté contre la réforme du travail de Kris Peeters. Malgré les voix en désaccord, celle-ci annonce un grand pas en avant, dans le sens qu’elle est un signe clair d’une volonté de s’adapter, enfin, à la révolution économique qu’a amenée l’avènement d’internet et du mobile, il y a de cela des années.

Aujourd’hui, nous travaillons encore comme il y a 30 ans, à l’heure de l’introduction des 38 h dans le secteur privé, voire même comme il y a 50 ans, avec l’introduction de la semaine de 5 jours en 1960.

Pourtant, notre économie a changé. La réforme proposée par Kris Peeters montre que les politiques comprennent, enfin, la nécessité d’un changement du paradigme de travail adapté à cette nouvelle économie, sans lequel notre productivité continuera à stagner.

Au-delà de ce pas en avant, cependant reste la question de la mise en pratique des nouvelles mesures proposées. Les employeurs, et peut-être même le gouvernement, n’ont pas mesuré toute l’ampleur du challenge, et ils doivent se préparer à ces changements dès aujourd’hui afin d’intégrer correctement ces nouveaux principes de travail.

Complication administrative

Là où la réforme prévoit plus de flexibilité dans le travail, et donc plus de liberté pour le travailleur, en calculant les 38 heures de travail non pas par semaine (ou trimestre) mais bien par an, on ne supprime pas le calcul du temps de travail, on le rend plus compliqué, et donc on augmente la charge administrative de l’employeur.

Pour assurer plus de liberté au travail, les entreprises vont devoir instaurer plus de contrôle.

À l’heure actuelle, les employeurs font confiance à leurs employés qu’ils voient travailler environ 8 heures par jour. Désormais, le département Ressources humaines devra compter bout à bout (et de manière transparente), pendant toute l’année, des semaines de 42 heures avec celles de 30 heures, ou de 39, etc. L’employé lui-même risque de s’y perdre: difficile de se rappeler de toutes les heures prestées. Et pour quelle conséquence au bout de l’année, si le travailleur a, dans ce calcul, travaillé, par exemple, une heure trop peu? Les employeurs vont devoir trouver un juste équilibre entre liberté au travail et contrôle.

Même si les entreprises prônent depuis longtemps le passage à un travail plus flexible, selon Kluwer, 15% seulement des entreprises mettent en pratique les principes du nouveau travail. La plupart d’entre elles ne sont donc pas assez préparées que pour apporter rapidement une solution à ce paradoxe flexibilité/calcul. Elles ne sont pas encore en mesure de garder en vue les heures prestées par leurs employés en dehors du bureau, et vont devoir repenser leurs processus.

Flexibilité

Cela ne doit pas faire peur aux entreprises. Faciliter la flexibilité du travail apporte plus de confort aux employés, mais aussi plus de résultats pour les employeurs: plutôt que de faire preuve de présentéisme, les travailleurs travaillent aux moments où ils sont les plus productifs. Et de plus, il existe des tonnes d’outils technologiques permettant de faciliter le travail en dehors du cadre du bureau ou de l’horaire typique de travail, par exemple en permettant de collaborer à distance tout en conservant une trace du temps passé à travailler ou des objectifs atteints.

Les outils sont disponibles, la volonté politique suit, tout ce qui manque aux entreprises pour s’adapter à une économie de travail plus flexible reste donc ce déclic mental d’aller au-delà de la simple promotion du nouveau travail pour la mettre concrètement en pratique.

Par Peter s'Jongers,

CEO de Protime

http://www.lecho.be/agora/analyse/Le_spectre_de_la_pointeuse.9795576-2338.art